A la fin de l'année 2015, je propose à certains élèves du lycée Vauquelin, Paris 13, de devenir les principaux sujets d'une exposition de photographie sociale. Directement ils acceptent et début décembre un projet de financement participatif est lancé via la plateforme Kiss Kiss Bank Bank, où le projet parvient à récolter les fonds nécessaires à la location de la galerie, l'impression et l'encadrement des photographies et l'édition d'un beau livre.

La genèse de ce projet commence en 2013 lorsque je suis embauché par l'éducation nationale en qualité d'assistant d'éducation dans un lycée des métiers. Théo, un de mes collègues et aujourd'hui ami, étudiant en école de cinéma anthropologique à cette période, est en charge des reportages lors des différents événements du lycée Vauquelin, Paris 13. Confortablement en retrait, je prends le temps de découvrir certains élèves, avec qui, aujourd'hui, nous avons tissé de solides liens amicaux. Dépassant les prérogatives de mes tâches d'assistant d'éducation et de photographe, nous entreprenons ce projet spontanément lorsque mon collègue Théo quitte le bureau, un an plus tard, me léguant cet espace d'expression sauvage. Début 2014 nous commençons instinctivement, à l'occasion d'une sortie pédagogique à l'Assemblée Nationale, une série de photographies qui allait bientôt devenir mon premier reportage à long terme et mes premières recherches en photographie sociale. Depuis, toujours dans le même esprit de spontanéité et d'improvisation, l'idée d'une exposition est née autour d'une sélection de trente six photographies fidèles aux différents moments que nous avons partagés. Ce témoignage émouvant de leurs espoirs et de leurs doutes dévoile des émotions touchantes dont le secret n'appartient qu'à ceux qui m'ont laissé généreusement les capturer.

Quelques heures avant que je ne rédige ce texte, je partage une discussion avec Nicolas, un élève de terminale. Le moteur du débat se construit autour de deux questions - « Pourquoi faire une exposition de nos photos ? », « Pourquoi nous montrer ? nous ne sommes rien ». Ces questions existentielles ne s'expriment pas uniquement dans le mécanisme d'un manque de considération personnelle, mais davantage dans le désir de participer à cette course vers la célébrité, dans laquelle naissent d'inquiétantes névroses consuméristes, frustrations personnelles et professionnelles. Nous nous sommes interrogés sur la nature de cette qualification dangereuse, ce « rien » dans lequel notre estime de soi se noie quotidiennement et dont nous nous cachons en faisant crari, en faisant style de. Dans l'esprit de nombreux élèves, la synthèse de cette problématique revient à penser que seule la célébrité et ses artefacts nous permettent d'atteindre le « sommet » de la reconnaissance et du mérite.

Exister dans le désir d'être admiré.

Ce projet culturel a pour ambition de repositionner au cœur du débat le rayonnement et l'influence de nos actions. Un espace commun dans lequel chacun mesure sa singularité et accepte l'importance de sa place dans la société, où la sensibilité intuitive de chaque personne est prise en compte avec sincérité, loin des humiliations dénigrantes d'une machine économique, législative et sociale parfois aussi cruelle qu'injuste.

06 06  80 4000

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